dimanche 28 septembre 2014

 
Cécile Guieu campe avec la Boîte en valise
(Anne Guillois, Loïc Salaün, Gwenola Saillard-Calvez, Matthias Saillard)


Campement / déplacement - work in progress du 2 au 28 mai 2014


Quand 5 artistes se déplacent à l'Atelier Alain Lebras pendant un mois, c'est pour inviter le spectateur à vivre l'expérience du processus de création. Ici l'œuvre n'est pas finie, elle est « in progress ». Ce que je vois aujourd'hui sera autrement demain, une invite à se déplacer à nouveau.
Le Parcours d'Anne Guillois enferme des objets non pour les soustraire à la vue mais pour les mettre en évidence. Plusieurs cages d'acier galvanisé offrent à la vue leur secrets comme si Anne Guillois « enfermait » pour mieux réveler quelquechose d'elle-même : ainsi ce long parcours géographique matérialisé par autant d'adresses différentes sur les courriers qu'elle a reçus. Au spectateur de rentrer dans l'intimité d'une vie et de discerner sous le grillage ou dans l'épaisseur d'une pile de lettre, une date, le nom d'une ville ou encore des objets choisis. Autant d'autels du temps grillagés comme autant de grilles de lecture possibles.

Si l'intime peut être l'essence du parcours, pour Loïc Salaün c'est le paysage qui en est le déclencheur. L'installation, A la Fenêtre, composée de châssis de fenêtres vient former, là encore, une grille de lecture d'un paysage, ou plutôt de relecture. La photographie d'un bord de mer est fragmentée, multipliée à l'envi et disposée sur les châssis. Devant / derrière / à travers, Loïc Salaün nous livre son dialogue avec la nature. Mais plus que cela, son installation induit le déplacement à l'intérieur même du paysage photographié et fait dialoguer le spectateur avec son paysage. L'experience à laquelle il nous convie est multiple jusqu'à la conception d'un nouveau paysage quand les éléments qu'il utilise se fondent dans l'architecture de l'atelier.

Si le travail de Loïc Salaun vient complexifier l'apparente évidence d'un paysage marin, Gwenola Saillard-Calvez vient quant à elle capter la complexité d'un monde pour faire œuvre. Elle se fait la témoin privilégiée de la réalité des « roms » mais ne fait pas ici reportage. Elle déporte une réalité sociale dure pour en révéler la richesse humaine. Et par la même elle attise chez le spectateur sa capacité à s'émouvoir. Art politique sans doute mais pas politisé. Gwenola Saillard-Calvez se saisit d'une réalité et l'emmène en dehors d'elle-même dans une autre réalité (celle de l'atelier). Du bout de tissu, fragment de vie, du « presque rebut », elle confectionne une multiplicité de poupées qui constituent un mur dont la fonction n'est pas de séparer comme tant de murs édifiés dans le monde mais d'inviter à entrer dans l'intimité de l'œuvre, dans un habitat où je te rencontre, où Uitate la mine / je te vois.

La forme en devenir que conçoit Cécile Guieu est de l'ordre de l'habitat. Coque est constituée de morceaux de contreplaqués découpés et cousus entre eux avec de la ficelle. Cette alliance de la souplesse et de la rigidité confère à l'ensemble une malléabilité : Coque se construit au gré des opportunités créées par chaque facette précédemment assemblée. Ainsi, Cécile Guieu ne se borne pas à accomplir ou exécuter un projet qu'elle aurait entièrement conçu d'avance mais elle engage un processus qui raconte le « faire » plus que le « fait ». Elle combine ainsi une certaine rationalité avec l'imprévu. Le spectateur voit une partie de cette enveloppe se constituer et doit en envisager son devenir, sa forme, sa fonction. Coque procède tout autant de l'enveloppe, de la carapace que du paysage accidenté.

Est-ce qu'un paysage se découvre ou se conquière ? Les soldats que représente Matthias Saillard ne sont pas là pour donner des éléments de réponse. Matthias Saillard décline les grands genres artistiques tels que la nature morte, le nu, le portrait. La série de grands dessins WWRY-We will rock you et les Mercenaires dont la source est une image de soldats américains débarquant en Irak en 2003 vient tenter d'épuiser le genre historique. Les soldats deviennent un motif quasi dénaturé, épuisé par les traits de stylo noir. Dans cette installation, le processus de noircissement de la feuille est palpable alors que la figure du soldat naît sous les yeux du spectateur. Elle peut tout aussi bien disparaître si l'on fait le chemin inverse. Au même titre que les petits soldats en couleurs dont le traitement les place à limite de l'effacement.

Le campement / déplacement opéré par les 5 protagonistes à l'invite de Cécile Guieu fait naître un territoire commun dont l'harmonie naît en partie des dissonances plastiques et du choix de présenter des œuvres in progress qui à leur tour invitent à revenir.


Bertrand Charles
bertrandcharles.blogspot.fr

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