dimanche 5 février 2017

Arts à la Pointe, 2016

 
Depuis la nuit des temps, la représentation est envisagée comme un rituel permettant d’exercer une influence sur l’objet figuré. C’est une hypothèse émise à propos des peintures pariétales préhistoriques et l’ethnologie en a validé la pertinence. La possibilité d’entretenir la mémoire des disparus passe aussi par leur représentation. C’est à partager un rituel de cet ordre que nous invite
Gwenola Saillard-Calvez.

Le dispositif qu’elle met en place, renonçant aux arguments, aux commentaires et même à toutes tentatives d’explication ou de dénonciation est sans effet sur la réalité des faits qu’elle évoque et elle le sait.

Elle essaie de trouver un chemin à l’écart de la profusion des discours,des pistes brouillées du pathos et de la morale, de la sensation médiatique pour déplacer en nous un centre de gravité, bousculer l’équilibre du confort et provoquer un écart en souhaitant que, s’ajoutant aux autres, il soit susceptible de provoquer un mouvement d’ensemble.



Yvain Bornibus
Direction artistique
Arts à la Pointe

lundi 14 novembre 2016

FESTIVAL ARTS A LA POINTE, juillet et Aout 2016 , ENSEMBLE











J’ai toujours travaillé autour de l’Homme, sur sa manière d’être dans le monde et d’être avec les autres. Cette notion de perte d’identité,de non-identité et de déshumanisation d’un peuple est au centre de mon travail depuis mes études aux Beaux Arts. C’est pourquoi le thème ensemble entre en résonance avec mes recherches. Pouvons-nous vraiment l’être ? Les exodes actuelles nous prouvent que cette question reste difficile, la peur de l’autre reste un sujet récurrent dans l’histoire de l’humanité. Le nombre de murs construit, le contrôle des frontières, toutes ses barrières qui empêchent «l’autre» nous questionnent sur notre devenir.
Liberté 302 est un travail commencé en 2014 sur les naufrages en méditerranée et qui tend à redonner une place aux morts anonymes sous formes d’un mémorial, tout en interpellant le regardeur sur sa position face à ces drames. Ce mémorial n’est  pas figé et évolue au rythme macabre des naufrages. Les dates s’échappent de la barque et progressent sur le sol et les murs.
De même Uitate-La-Mine / Je te vois est le résultat de rencontres avec la communauté roms vivant sur des terrains près de chez moi. Je suis restée un moment à passer devant sans les voir ou plutôt  à tenter de ne pas les voir mais leurs conditions de vie, de survie, au pas de ma porte m’ont tant bouleversée que je suis allée les rencontrer. Par le biais de la photographie d’abord puis en faisant des ateliers avec les enfants. L’installation se compose de portraits d’enfants et d’une famille roms. Devant ces photographies, un mur composé de «poupées» de chiffon masque la vue des photos. Ce mur est le résultat d’un travail participatif, le visiteur est invité à confectionner et à accrocher les poupées. Des mots tirés du livre de Michel Agier, campements urbains, accompagnent l’installation.
J’essaye de tisser des liens et de provoquer les rencontres. Mon travail se nourri de ces échanges, et tend à témoigner et questionner le spectateur sur notre humanité.

mercredi 20 mai 2015

Texte De Bertand Charles , critique d'art

 L'exposition Errance possède l'ambivalence de son titre :
légèreté de la flânerie, c'est aussi la quête du chemin perdu voire la perte même. Au travers d'une écriture maîtrisée, de gestes calculés ou de hasards bien sentis, les six enseignants plasticiens réfléchissent au mouvement généré par l'errance et s'en emparent.

La quête de liberté est d'une certaine manière le point de départ de
l’œuvre de Gwenola Saillard Calvez.
La modeste barque bleue porte, marquée au fer, la liste des dates, nombres et lieux correspondants aux migrants disparus en mer depuis 2000 aux portes de l'Europe. Ce n'est pas un constat chiffré sensationnel qui sauterait aux yeux mais une retranscription laconique qui incite à une lecture lente pour appréhender une réalité tragique.
Cette barque est un mémorial qui porte un titre d'un cynisme déroutant :
Liberté 302, le nom d'un bateau chargé de migrants qui a fait
naufrage. L'errance n'a pas le même goût pour tout le
monde.


Bertrand Charles


bertrandcharles.blogspot.fr

Vue de l'exposition ERRANCE, MAI 2015
































Article de presse

La vie d'artiste des enseignants d'art graphique

 

Photos, BD, illustrations... Intitulée Errance, geste et écriture, une exposition dévoile, à partir d'aujourd'hui, les travaux de six professeurs de la Maison des Arts.


En exclusivité, les enseignants en arts plastiques de la Maison des Arts (MDA) dévoilent leurs talents personnels de plasticiens. Entre dessins, bandes dessinées, illustrations, photographies, installations en volume, ils invitent à la découverte de leurs créations et de leurs recherches créatives, autour du geste et de l'écriture, dans le cadre d'une exposition commune, intitulée Errance, geste et écriture.
« Leurs oeuvres, ainsi présentées, sont le témoignage des convictions, des inspirations et des choix de chacun ainsi que de la variété des personnalités et des univers personnels se manifestant à travers leurs créations, mettant en relief leur sensibilité propre », se réjouissent les organisateurs de la MDA.
Emmanuel Billeaud. Diplômé de l'école des Beaux-Arts de Nantes, il enseigne les arts plastiques et officie depuis quinze ans dans cette pratique à Saint-Herblain. Oscillant entre le monde de l'image artisanale et celui de l'image numérique, c'est toute la mécanique, la fabrique de l'image qui l'intéresse. Ainsi, son travail a pu se décliner de la gravure à la production de programmes informatiques en investissant ce champ de l'image.
Cécile Guieu. Enseignante à la MDA, elle intervient aussi en milieu scolaire. Elle est également engagée dans l'association Mix'Art, qui promeut la pratique artistique, tout particulièrement dans les quartiers, en milieu carcéral et dans les institutions spécialisées. Son travail s'attache au contenant comme enveloppe d'un contenu à projeter et à imaginer par le spectateur, ce dernier devenant acteur du lieu.
Laure Del Pino. Auteur de BD, elle vit et travaille à Treffieux. Au milieu des années 80, elle se passionne pour le cinéma, la photo et le rock'n'roll. Pour autant, c'est avec la bande dessinée qu'elle découvre de nouvelles perspectives et, en 1991, elle fonde la revue Brulos Le Zarzi avec Olivier Josso-Hamel. Récemment, elle s'est lancée dans un projet s'articulant autour de la place des femmes dans la société, la famille, l'art et la BD en particulier.
Sabine Moore. Après une enfance aux États-Unis, elle suit des études de graphisme avant d'intégrer une école d'art en Angleterre, puis en France. Partageant son temps entre création et enseignement, elle entreprend une démarche expérimentale dans l'illustration, tout en s'essayant à la sculpture. Carnet en mains, elle croque ses contemporains, les bistrots devenant pour elle un décor de prédilection dans l'exercice de la caricature.
Laureen Dupuis. Après les Beaux-Arts de Nantes, elle participe à plusieurs expositions. La notation se compose de lignes, le texte devient comme un paysage à découvrir. Les fils s'entremêlent, une maille apparaît, puis deux, puis trois, un relief... C'est un paysage qui se transforme pendant qu'on l'arpente, la main manipulant délicatement le précieux ouvrage. Elle est assistante des enseignants en arts plastiques auprès du jeune public à la MDA.
Gwenola Saillard-Calvez. Diplômée des Beaux-arts de Lorient, elle a travaillé à la Royal Academy of Art à Londres pendant deux ans. De retour, elle crée le festival FACE avec l'association Espace commun, dans les églises et sur l'eau, en Eure-et-Loir. Elle est enseignante à la MDA, coordinatrice du département arts plastiques. Elle travaille sur la limite entre deux états opposés : le mouvement dans l'air et l'immobilité, la préservation et la destruction, l'intérieur et l'extérieur, recomposant avec des matières décomposées, recycle et évoque la fragilité et la vulnérabilité du monde.

Du 7 au 27 mai, exposition. Vernissage ce mercredi 6 mai, à 19 h. Maison des Arts, 26, rue de Saint-Nazaire, 02 28 25 25 80, entrée libre.

mercredi 22 avril 2015

exposition ERRANCE, Galerie de la Maison des Arts, Saint-Herblain

 
Un artiste n'est pas isolé du contexte socio-politique qui l'environne. Sa démarche de plasticienne est en soi un engagement, un commentaire critique sur le monde.


Que se soit avec l’installation we don't do body count, en 2006 autour des morts invisibles pendant la guerre en Irak, avec l'empire de la honte d'après le livre de Jean Ziegler en 2011 ou Uitate-La -Mine/ je te vois en 2014 d’après le texte de Michel Agier campement Urbain, je poursuis cette réflexion sur la mise au ban d’une population, d'un groupe et sur la déshumanisation.
Il y a le monde, et il y a les indésirables au monde” Michel Agier




« Liberté 302 »
Barque en bois, posée à l'envers sur le sol et dont le dessous est pyrogravé. Une liste de dates, nombres et lieux correspondant aux migrants morts en mer entre 2014 et 2000.
Plus de 19000 réfugiés sont "morts aux frontières" de l'Europe depuis 1988. Cette barque est un mémorial.
« Comme reflet de la société, le Monument dans le sens double est problématique, puisqu'il ne rappelle pas seulement à la société le passé, mais en plus sa propre réaction à ce passé » Jochen Gertz. 





 

dimanche 28 septembre 2014

 
Cécile Guieu campe avec la Boîte en valise
(Anne Guillois, Loïc Salaün, Gwenola Saillard-Calvez, Matthias Saillard)


Campement / déplacement - work in progress du 2 au 28 mai 2014


Quand 5 artistes se déplacent à l'Atelier Alain Lebras pendant un mois, c'est pour inviter le spectateur à vivre l'expérience du processus de création. Ici l'œuvre n'est pas finie, elle est « in progress ». Ce que je vois aujourd'hui sera autrement demain, une invite à se déplacer à nouveau.
Le Parcours d'Anne Guillois enferme des objets non pour les soustraire à la vue mais pour les mettre en évidence. Plusieurs cages d'acier galvanisé offrent à la vue leur secrets comme si Anne Guillois « enfermait » pour mieux réveler quelquechose d'elle-même : ainsi ce long parcours géographique matérialisé par autant d'adresses différentes sur les courriers qu'elle a reçus. Au spectateur de rentrer dans l'intimité d'une vie et de discerner sous le grillage ou dans l'épaisseur d'une pile de lettre, une date, le nom d'une ville ou encore des objets choisis. Autant d'autels du temps grillagés comme autant de grilles de lecture possibles.

Si l'intime peut être l'essence du parcours, pour Loïc Salaün c'est le paysage qui en est le déclencheur. L'installation, A la Fenêtre, composée de châssis de fenêtres vient former, là encore, une grille de lecture d'un paysage, ou plutôt de relecture. La photographie d'un bord de mer est fragmentée, multipliée à l'envi et disposée sur les châssis. Devant / derrière / à travers, Loïc Salaün nous livre son dialogue avec la nature. Mais plus que cela, son installation induit le déplacement à l'intérieur même du paysage photographié et fait dialoguer le spectateur avec son paysage. L'experience à laquelle il nous convie est multiple jusqu'à la conception d'un nouveau paysage quand les éléments qu'il utilise se fondent dans l'architecture de l'atelier.

Si le travail de Loïc Salaun vient complexifier l'apparente évidence d'un paysage marin, Gwenola Saillard-Calvez vient quant à elle capter la complexité d'un monde pour faire œuvre. Elle se fait la témoin privilégiée de la réalité des « roms » mais ne fait pas ici reportage. Elle déporte une réalité sociale dure pour en révéler la richesse humaine. Et par la même elle attise chez le spectateur sa capacité à s'émouvoir. Art politique sans doute mais pas politisé. Gwenola Saillard-Calvez se saisit d'une réalité et l'emmène en dehors d'elle-même dans une autre réalité (celle de l'atelier). Du bout de tissu, fragment de vie, du « presque rebut », elle confectionne une multiplicité de poupées qui constituent un mur dont la fonction n'est pas de séparer comme tant de murs édifiés dans le monde mais d'inviter à entrer dans l'intimité de l'œuvre, dans un habitat où je te rencontre, où Uitate la mine / je te vois.

La forme en devenir que conçoit Cécile Guieu est de l'ordre de l'habitat. Coque est constituée de morceaux de contreplaqués découpés et cousus entre eux avec de la ficelle. Cette alliance de la souplesse et de la rigidité confère à l'ensemble une malléabilité : Coque se construit au gré des opportunités créées par chaque facette précédemment assemblée. Ainsi, Cécile Guieu ne se borne pas à accomplir ou exécuter un projet qu'elle aurait entièrement conçu d'avance mais elle engage un processus qui raconte le « faire » plus que le « fait ». Elle combine ainsi une certaine rationalité avec l'imprévu. Le spectateur voit une partie de cette enveloppe se constituer et doit en envisager son devenir, sa forme, sa fonction. Coque procède tout autant de l'enveloppe, de la carapace que du paysage accidenté.

Est-ce qu'un paysage se découvre ou se conquière ? Les soldats que représente Matthias Saillard ne sont pas là pour donner des éléments de réponse. Matthias Saillard décline les grands genres artistiques tels que la nature morte, le nu, le portrait. La série de grands dessins WWRY-We will rock you et les Mercenaires dont la source est une image de soldats américains débarquant en Irak en 2003 vient tenter d'épuiser le genre historique. Les soldats deviennent un motif quasi dénaturé, épuisé par les traits de stylo noir. Dans cette installation, le processus de noircissement de la feuille est palpable alors que la figure du soldat naît sous les yeux du spectateur. Elle peut tout aussi bien disparaître si l'on fait le chemin inverse. Au même titre que les petits soldats en couleurs dont le traitement les place à limite de l'effacement.

Le campement / déplacement opéré par les 5 protagonistes à l'invite de Cécile Guieu fait naître un territoire commun dont l'harmonie naît en partie des dissonances plastiques et du choix de présenter des œuvres in progress qui à leur tour invitent à revenir.


Bertrand Charles
bertrandcharles.blogspot.fr